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Maroc : lutter pour les droits des ouvrières agricoles

L’agriculture est un secteur clé pour le développement économique du Maroc et représente 14% de son PIB. Le secteur des fruits rouges a beaucoup évolué en 20 ans : la culture des fraises a été multipliée par 15 et 80% de la production est aujourd’hui exportée vers l’Europe.

Au nord du Maroc, environ 20 000 femmes travaillent dans le secteur des fruits rouges. Elles représentent la première force de travail de ce secteur en pleine expansion.

Pourtant, les droits et les conditions de travail de ces ouvrières agricoles ne sont souvent pas respectés : absence de contrats de travail, non respect du salaire minimum et du temps de travail, absence d’eau potable dans les exploitations, travail d’enfants et de mineures et protection sociale très faible.

Face à ce constat, Oxfam a lancé un programme en 2009 ayant pour objectif d’améliorer les conditions de travail et le respect des droits socio-économiques des femmes employées dans ce secteur :

  • Au niveau local, dans la région de Larache et Gharb Chrarda Bni Hssen (au nord du Maroc), des caravanes de sensibilisation allant de village en village ont permis d’informer plus de 34 000 personnes sur leurs droits, par exemple à un salaire minimum ou à des horaires décents, et de leur expliquer ce qu’est la sécurité sociale et ses avantages.
    En partenariat avec une association locale, un observatoire a également été mis en place pour identifier les violations des droits des ouvrières et de les accompagner dans leurs démarches administratives et juridiques.
  • Au niveau international, Oxfam travaille avec les importateurs et distributeurs européens de fruits rouges marocains pour changer les pratiques du secteur. Cette collaboration a amené chaque acheteur à mettre en place un plan d’action de long terme pour exiger de leurs fournisseurs le respect des droits fondamentaux des employées.

Des résultats !

Une partie des travailleuses a obtenu le renforcement de leurs droits et de leurs conditions de travail et 76 femmes ont également créé leur propre association, Al Karama, pour défendre leurs droits au quotidien et continuer le travail de sensibilisation dans les villages. Car au-delà des chiffres, les femmes travailleuses ont pris conscience de leur pouvoir d’influence en tant que groupe et qu’elles pouvaient agir pour faire changer les mentalités et construire par elles-mêmes un futur plus juste et équitable.

Julie travaille pour Oxfam sur ce programme depuis près d’un an et nous a rapporté une anecdote qui l’a touchée, sur le pouvoir de la parole et l’importance de pouvoir revendiquer ses propres droits :

« Lors d’un séminaire où étaient invités des membres du gouvernement, ainsi que des associations de la société civile, des producteurs de fraises, des femmes ouvrières agricoles et des importateurs européens, une des femmes qui a participé au programme a voulu aller parler au chef d’une des entreprises pour laquelle elle avait travaillé. Ayant été licenciée abusivement sur ordre d’un superviseur, elle a souhaité lui faire part de sa vision de la situation litigieuse.

« Cette femme de 24 ans qui a commencé à travailler dans le secteur de la fraise à 13 ans et qui n’avait pas eu la chance d’aller au-delà de l’école primaire a pris son courage à deux mains pour aller voir le propriétaire – un homme d’une quarantaine d’année, éduqué – et elle lui a décrit en quoi, selon elle, le droit du travail n’était pas respecté dans son exploitation.

« Je sais que ça lui a demandé beaucoup de courage, mais elle nous avait dit qu’elle n’aurait pas pu se regarder dans la glace, si elle ne l’avait pas fait. Ce moment d’audace montre combien ces femmes ont acquis une détermination à faire respecter leurs droits. »

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