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Au Maroc, les femmes ont à combattre le hashtag « Sois un homme »

Depuis début juillet, une guérilla enflamme les réseaux sociaux au Maroc à la suite de l’apparition du hashtag #Kounrajel (« Sois un homme »), qui incite les hommes à couvrir leurs femmes. Des Marocains indignés ont répliqué avec #SoisUneFemmeLibre, dénonçant la société patriarcale.

Au Maroc, une campagne islamiste incitant les hommes à couvrir leurs femmes fait scandale sur les réseaux sociaux depuis début juillet. Tout commence le 9 juillet, lorsqu’une page Facebook en faveur de la création de banques islamiques au Maroc, qui compte plus de 170.000 abonnés, lance une campagne accompagnée du hashtag #Kounrajel (qui signifie « sois un homme »), incitant les hommes à couvrir leur femme et à empêcher que celles-ci ne sortent dans des « tenues indécentes ».

« Soyez un homme et ne laissez pas vos femmes et vos filles sortir dans des vêtements serrés« , « Soyez un homme et ne les laissez pas porter la robe honteuse qui séduit les musulmans et rend difficile le fait de leur tourner le dos », peut-on notamment lire dans ces publications, dont la première a été partagée plus de 1.400 fois.

Capture d’écran de la page Facebook « Isslambank »

Des femmes décident alors de riposter sur les réseaux sociaux afin de dénoncer cette campagne misogyne. Une pétition en ligne, qui a déjà récolté plus de 2.000 signatures, est lancée pour demander la suppression du hashtag. Intitulée « Stop à l’égarement », elle alerte sur « le préjudice que le hashtag #kounrajel peut causer à la société dans la mesure où il joue sur les cordes de l’inconscient collectif avec la religiosité et de fait, la culpabilisation des esprits« .

« Au-delà de la défense de l’égalité citoyenne et du libre droit de disposer de son apparence pour une femme, se pose l’interrogation, soucieuse, de l’avenir de notre société jusqu’ici fondée sur la tolérance et l’ouverture au monde« , expose également la lettre de pétition. Selon une étude publiée en 2017 par l’ONU, au Maroc, 72% des hommes et 78% des femmes estiment ainsi qu’une « femme habillée de façon provocante mérite d’être harcelée ».

Citoyen Hmida@citoyen_hmida

Ceux ont lancé
sont-ils eux-même des hommes quand ils réduisent la femme à un simple objet de désir et de fantasme?

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Odrey 🐍 Naline@Odreynalyne

et respecte ta femme en tant qu’être humain, pas comme ton faire valoir !!!

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Le Maroc, 136ème pays sur 144 pour l’égalité hommes-femmes

Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (M.A.L.I) qui se veut « féministe, laïque et universaliste » a par ailleurs lancé le hashtag #soisunefemmelibre sur les réseaux sociaux, accompagné de cette revendication : « Luttons contre les injonctions patriarcales et l’obscurantisme, sois une femme libre, libre de porter un maillot/un bikini ou pas, libre d’aller à la plage ou pas, libre de tes décisions et de tes choix ».

Capture d’écran compte Twitter – Mouvement alternatif pour les libertés individuelles – Maroc

« La lutte première c’est la liberté des femmes, qu’elles puissent être libres de leurs choix et décisions, avoir la liberté de disposer de leur corps. On n’a pas à nous dicter notre code vestimentaire, notre mode de vie. Nous essayons de lutter contre cette idéologie machiste, sexiste et misogyne et pour que la religion relève du secteur privé », développe pour Marianne Ibtissame Betty Lachgar, porte-parole de M.A.L.I.

Le chemin vers l’égalité entre les hommes et les femmes paraît encore long dans le royaume. Selon le Forum économique mondial, le Maroc est classé 136ème sur 144 pays concernant l’égalité entre les sexes. Un rapport de la Banque mondiale, intitulé « Le Maroc à l’horizon 2040″ et publié en mai 2017 souligne « les importantes inégalités et discriminations » que subissent les femmes marocaines et préconise « d’encourager l’émancipation, la liberté d’action et l’autonomie des femmes » ainsi que « de faire évoluer les mentalités et les normes socioculturelles en vue d’établir une véritable égalité sociétale entre les hommes et les femmes ».

« L’espace public est masculin »

« Au Maroc, dès l’enfance, il y a une éducation sexiste. À l’école, les filles doivent porter une blouse pour cacher leur corps, ce qui n’est pas le cas des garçons. L’espace public est masculin. Les femmes sont victimes de harcèlement, il y a des endroits qui leur sont interdits, détaille Ibtissame Betty Lachgar, Elles sont obligées d’épouser un musulman. Les relations sexuelles hors mariage sont interdites, sinon les femmes sont poursuivies pour prostitution. Les lois et pratiques liberticides sont réelles ».

En août 2017, deux vidéos montrant une agression sexuelle d’une femme dans un bus et une jeune femme traquée par des hommes en pleine rue avaient choqué le pays. Mais dans le même temps, une milice des mœurs obligeait les femmes à se recouvrir sur une plage d’Agadir. « Beaucoup de Marocains partagent cette idéologie, beaucoup de femmes ont intégré ce patriarcat et cette misogynie. Nous sommes dans une société très conservatrice », analyse Ibtissame Betty Lachgar.

En février 2018, le gouvernement a adopté une loi visant à mieux protéger les femmes contre les violences sexistes en les criminalisant. Une « mascarade », estime le mouvement M.A.L.I : « Certes, la loi durcit quelques sanctions mais on l’a toujours considérée insuffisante. Elle ne reconnaît pas le viol conjugal. Il y a un vide par rapport à la prise en charge des victimes. Elle ne protège pas réellement les femmes, on est face à un archaïsme primaire, on n’avance pas ». M.A.L.I multiplie donc les actions « pour choquer les consciences et les réveiller » et tente d’ouvrir le débat dans les espaces publics. Mais « je suis souvent victime d’insultes, de menaces et d’intimidations« , souligne Ibtissame Betty Lachgar, qui reconnaît : « Nos sujets sont compliqués et sensibles dans cette société phallocrate. Ce n’est pas gagné ».

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