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Un million et demi de femmes victimes de violence physique

Les résultats de la plus grande enquête jamais réalisée sur la violence envers les femmes : 8 300 personnes interrogées par le HCP. La moitié des femmes au Maroc subissent la violence psychologique.

 Ce sont d’ordinaire les associations de défense des droits de la femme, souvent avec le soutien d’organismes internationaux,

qui, se basant sur leurs centres d’écoute et les plaintes par leurs structures, font les études et réalisent des enquêtes pour mesurer la prévalence de la violence contre les femmes dans la société marocaine. Il en ressort que la femme, en dépit des avancées en matière de ses droits juridiques et de sa percée dans tous les domaines de l’activité économique et sociale, reste exposée à la violence, que ce soit au sein de sa famille, dans l’espace public ou au travail, en raison d’une société foncièrement machiste. C’est aujourd’hui une étude du Haut Commissariat au Plan (HCP), dont les principaux résultats ont été livrés à la presse le 10 janvier, qui vient enrichir ces recherches. 
8 300 femmes sondées, soit un très large échantillon, 7 mois d’enquête au niveau national et surtout un éventail très large de détails. 

La violence contre les femmes est plus urbaine que rurale, le foyer conjugal en est le plus touché

L’intérêt de cette enquête est qu’elle est menée par des experts du HCP, en principe neutres car non inféodés à une association, avec l’appui financier et humain de l’ONU femmes (UN Women, l’organisation des Nations Unies consacrée à l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes).
Avant d’aborder le détail des résultats de l’enquête concernant chacune de ces formes de violence, cette dernière tire trois conclusions importantes :

la première est que sur une population de 9,5 millions de femmes âgées de 18 à 64 ans, près de 6 millions, soit 62,8%, ont subi un acte de violence sous une forme ou une autre au cours des 12 mois précédant l’enquête, (soit 3,8 millions en milieu urbain et 2,2 millions en milieu rural).

Deuxième conclusion, la plus fréquente des violences est d’ordre psychologique : elle touche près de la moitié des femmes, soit 48%.

La troisième de ces conclusions renseigne que c’est dans le contexte familiale que la prévalence de la violence est la plus forte, car elle affecte 55% des femmes.

Ces trois conclusions viennent corroborer d’une manière scientifique les résultats de toutes les enquêtes dans ce domaine réalisées par les ONG des droits de la femme. En effet, violences psychologique, physique et dans le cadre du foyer conjugal, sont les plus relevées par les centres d’écoute et les plus stigmatisées par les associations.

Dans le détail, c’est d’abord la violence physique qui retient l’attention. La plus apparente, elle est définie par les instances internationales comme des «actes qui causent une blessure physique ou un traumatisme non accidentel qui porte atteinte directement à l’intégrité physique de la femme». De manière plus globale 35,3% des femmes affirment avoir été exposées à la violence physique depuis qu’elles ont atteint les 18 ans. Le milieu urbain, constate l’enquête, en est plus frappé que le milieu rural, et cette violence y est en effet deux fois plus fréquente. Si globalement, dans les 12 mois précédant l’enquête, 15,2% en ont été affectées, le taux est de 19,4% dans les villes. Autre enseignement à retenir, c’est dans les lieux publics que la violence physique est la plus signalée. Près d’un million de femmes en sont victimes et le taux de prévalence dans ces lieux est 5 fois plus élevé en milieu urbain qu’en milieu rural (42,2% contre 3,1%). Les auteurs de cette violence, note l’enquête, sont dans 6 cas sur 10 des jeunes de moins de 35 ans. Quelles sont les femmes les plus agressées physiquement ? Pour une bonne partie, il s’agit de femmes sans travail (23%), des femmes actives (14,1%) et des étudiantes (19,2%). Sans surprise, cette violence physique est souvent assénée, note l’enquête, à des femmes portant habituellement «des tenues modernes courtes avec une prévalence de 32% contre 7,5% parmi celles ayant l’habitude de porter des djellabas ou équivalent».

Important à noter, la prévalence de la violence physique dans le milieu conjugal atteint un taux de 6,4%.
430 000 femmes déplorent une atteinte à leur intégrité physique par leur mari ou l’un des membres du foyer. Le pire est que ces violences sont impunies et rares celles qui portent plainte. Plus que cela, plusieurs de ces enquêtes ont révélé que nombre de femmes (et d’hommes) trouvent ça normal. La plus grave erreur qui mérite punition, a révélé en 2008 l’une d’elles, est quand «la femme ne prépare pas le repas ou que ce dernier soit cramé». L’enquête du HCP ne rentre pas dans ces détails et ces considérations, une chose est sûre pour elle : les plus exposées à la violence physique sont les femmes vivant dans la promiscuité (12,6% en sont victimes chez les ménages vivant à 5 personnes et plus par pièce) ; les jeunes mariées de 18 à 24 ans avec une prévalence de 8,3% ; et les femmes mariées sans leur consentement (avec une prévalence de 15,2%). Le foyer conjugal n’est pas le seul théâtre de la violence physique, rapporte  l’enquête. Au sein des établissements scolaires, cette violence est également présente dans 5,7% des cas et les camarades masculins en sont responsables à hauteur des 2/3. Un taux qui tombe à 1,8% en milieu professionnel. 
Enfin, et pour clore le chapitre des violences physiques, dans le milieu familial, le taux de prévalence est de 2,1% (202 000 femmes quand même). Ces actes de violences sont perpétrés dans 42,3% des cas par la fratrie et dans 17,3% par le père. La mère est la moins violente physiquement, elle n’en est responsable de ces actes que dans un cas sur quatre.

 

La violence sexuelle touche aussi bien l’espace public que le foyer conjugal

La deuxième forme de violence, rapporte l’enquête, est la violence sexuelle. Elle englobe, selon une définition universellement reconnue, «les rapports sexuels forcés, le harcèlement sexuel avec attouchements, l’exposition à des actes indécents, l’incitation à la prostitution et des pratiques sexuelles subies sans consentement». Premier résultat majeur de l’enquête sur cette forme de violence : «23% des femmes, ou 2,1 millions, ont subi un acte de violence sexuelle à un moment ou un autre de leur vie. Ces victimes sont trois fois plus nombreuses en milieu urbain (2,2 millions) qu’en milieu rural (72 000)». Au cours des 12 mois qui ont précédé l’enquête, 8,7% des femmes y ont été exposées. Cette violence sexuelle, révèle l’enquête, ne concerne pas que les lieux publics (3,9% des femmes y sont violentées annuellement), spectacle courant dans la société marocaine, mais elle est perpétrée aussi dans le cadre conjugal. 6,6% de femmes (soit
444 000) se plaignent d’avoir été violentées sexuellement par leurs maris. Comment ? «Il s’agit, dans la majorité des cas, de pratiques sexuelles non désirées par la femme», selon l’enquête. Aux sexologues de tirer leurs conclusions. Une chose est sûre : le lieu de travail a lui aussi son lot de violence sexuelle : 32 000  femmes actives occupées, soit 1,8%, sont violentées au travail. Dans le secteur privé (3,8%) plus que dans le secteur public (1,2%). Plus parmi les femmes divorcées que parmi les femmes mariées (un taux de prévalence respectivement de 7% contre 0,8%). Les établissements scolaires en sont aussi touchés, élèves et étudiants subissent des actes de violence sexuelle, avec une prévalence de 4,4%. 
Troisième forme de violence, la plus répandue, révélée par l’enquête : la violence psychologique. C’est tout acte, le définit-on, «qui consiste à dominer ou à isoler une femme, ainsi qu’à l’humilier ou à la mettre mal à l’aise». Une définition un peu vague, en fait, qui peut toucher aussi bien la femme que l’homme. Toujours est-il, c’est la forme de violence la plus répandue, avec un taux de prévalence de 48,4% (4,6 millions de femmes en sont victimes), aussi bien dans le milieu urbain qu’en milieu rural. Et ce sont les femmes mariées qui en sont les plus victimes (38,8%), notamment celles vivant dans la promiscuité et celles sans travail. 

Quatrième forme de violence soulignée dans l’enquête : la violence économique, «qui consiste notamment à nier à une femme le droit d’accéder aux ressources et d’en avoir la libre disposition». Plus de 181 000 femmes en sont victimes. Cette fois-ci, une fois n’est pas coutume, c’est le milieu rural qui en souffre plus que le milieu urbain.
Les deux autres formes de violence, celles se rapportant aux libertés individuelles de la femme, et celles liées à l’application de la loi, sont aussi légion. Trois millions de femmes sont victimes des premières (31,3%). Elles se manifestent par le contrôle des sorties de la femme, du choix de ses amis/amies et sa tenue vestimentaire. 
Sur ce dernier point, l’enquête révèle que 13% des femmes ne jouissent pas de liberté de se vêtir comme elles l’auraient souhaité, 8% obligées de porter le voile, 22% de l’enlever, 13,5% privées de la liberté de sortir du domicile, et 13,6% de consulter un médecin de sexe masculin. Les femmes victimes de l’application de la loi sont aussi nombreuses que celles privées de leurs libertés individuelles. Ainsi, elles sont 1,1 million de femmes mariées dont 724 000 en milieu urbain et 413 000 en milieu rural qui subissent cette violence : manquement à l’entretien du foyer, manquement au devoir conjugal… Les femmes divorcées, elles aussi, en souffrent : difficultés de voir les enfants, le non-paiement de la pension alimentaire… (voir encadré).
Aux sociologues maintenant de tirer leurs conclusions, les résultats de cette enquête sont une mine d’informations et une matière brute pour leurs analyses.

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