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L’augmentation du mariage des mineurs inquiète les groupements féministes au Maroc

Meriem et ses amies, tout en regardant les vêtements familiaux tremper dans un ruisseau à proximité de leurs maisons, à la campagne, rêvaient et riaient à l’idée de vivre un jour un mariage plein de romantisme. Mais le conte de fées est devenu cauchemar alors que Meriem avait 14 ans, quand son père a décidé de la marier.Malgré son jeune âge, elle a pensé que son fiancé était mieux encore que tout ce qu’elle avait imaginé. 

Il n’était pas tellement plus âgé qu’elle – 25 ans – et il était capable d’amorcer une nouvelle famille. Et alors que les parents de Meriem étaient pauvres, lui pouvait s’occuper correctement d’elle.

Ses rêves romantiques se sont rapidement brisés. Meriem dit qu’il pensait au fond avoir trouvé une servante, dénuée de tout droit sinon de satisfaire ses désirs sexuels brutaux.

[Getty Images] De nombreuses filles marocaines sont retirées des écoles pour être mariées à un très jeune âge
[Getty Images] De nombreuses filles marocaines sont retirées des écoles pour être mariées à un très jeune âge
[Getty Images] Une hausse des abandons scolaires l’année dernière a été une des raisons citées par les magistrats dans le rapport de la LDDF pour justifier les autorisations données par jugement au mariage des mineures.
[Getty Images] Une hausse des abandons scolaires l’année dernière a été une des raisons citées par les magistrats dans le rapport de la LDDF pour justifier les autorisations données par jugement au mariage des mineures.
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« Même si je suis analphabète, je ressentais des sentiments de tendresse, des émotions. Je pensais que j’allais vivre amoureusement avec mon mari, je voyais d’ailleurs dans ses yeux des regards d’admiration. Mais moins de deux mois après notre mariage, j’ai commencé à souffrir de ses traitements brutaux, sans aucun égard pour la faiblesse de mon corps. Il fallait que je sois la servante de ses parents paysans, parce que c’est eux qui nous offraient le gîte et le couvert. Il fallait que j’assume tout le travail de la maison et que je sois disponible pour mes devoirs de femme mariée à chaque fois qu’il le voulait, le jour ou la nuit. »

Meriem a enduré cette situation pendant longtemps. Plus tard, lorsqu’elle est revenue vivre chez ses parents, elle a été surprise d’entendre que son mariage avait seulement consisté en la lecture de la fatiha et en témoignages. Aucun contrat civil n’a été jamais signé. Ce qui a permis à son mari de nier la paternité de l’enfant dont elle était enceinte.

Le statut de Meriem est maintenant incertain : Elle n’est ni mariée ni divorcée, et elle s’occupe seule de son enfant.

Des dizaines de cas similaires – principalement chez les populations vivant en zone rurale, qui sont également les plus pauvres et dotées des plus forts taux d’analphabétisme – sont suivis au quotidien par la Ligue Démocratique des Droits de la Femme (LDDF).

Le mariage des mineures est en augmentation. Les juges aux Affaires Familiales ont reçu 30 312 requêtes concernant de telles unions en 2006. En 2007, ce nombre s’est élevé à presque 39 000. Les organisations de Droits de Femmes s’inquiètent qu’une approbation soit toutefois prononcée dans 86% des cas.

Le Code marocain de la Famille définit l’âge minimum du mariage à 18 ans. Pour fêter le 4ème anniversaire de l’adoption de la loi sur la famille, la LDDF a présenté un rapport répertoriant 1 862 cas où permission a été donnée à des jeunes filles âgées de moins de 15 ans de se marier.

Hania n’avait jamais pensé au mariage. L’adolescente âgée de 15 ans était trop occupée à travailler dur en classe. A la fin de l’année scolaire, son père lui a toutefois fait un présent : un époux de 39 ans. La jeune fille a donc échangé son diplôme contre un contrat de mariage qui l’a empêchée de réaliser son rêve.

« Le manque de respect témoigné à l’esprit du Code de la Famille – et la non-application de ses diktats, qui ont pour principal objectif de protéger les Droits des enfants – nous ramènent au point de départ. La porte de la lutte est encore ouverte afin d’éveiller les consciences sur les risques d’un mariage prématuré et ses effets sociaux sur les filles marocaines et sur la famille en général », dit Fouzia Assouli, Présidente de la LDDF.

« Nous sommes chagrinées que la loi, en dépit des choses positives qu’elle a apporté aux familles marocaines, soit encore violée », ajoute-t-elle. »Nous pressons les organisations féministes de confronter ces violations et de contrôler les différents cas où l’esprit comme la philosophie de la nouvelle loi, qui élève à 18 ans l’âge légal du mariage pour les garçons comme pour les filles, n’a pas été respecté ».

Certaines villes enregistrent une hausse significative du mariage des mineures, comme Beni Mellal (18.78%), Marrakech (18.94%) et Ouarzazate (12.21%).

« Dans nos centres Injad, qui sont situés dans plusieures zones à travers le Royaume, nous avons reçu des cas où la jeune fille a accepté de se marier parce qu’elle ne pouvait exprimer son refus en présence de son tuteur légal, de ses proches ou de son fiancé, » explique Assouli.

Elle ajoute que plutôt que de s’intéresser aux documents officiels témoignant des âges et d’adhérer aux exigences légales, les juges s’appuient souvent sur leur propre évaluation subjective de l’âge des filles et de la déclaration faite par les pères selon lesquelles elles ne sont pas mineures.

Fatima Shamakh, avocate à Casablanca, corrhobore les propos tenus par Assouli, et confirme à Magharebia que lorsque les juges acccordent leur permission pour le mariage de jeunes mineures, ils disent avoir revu toutes les conditions et s’être mis en accord avec toutes les procédures nécessaires. Certains jugements exprimés en faveur de ces mariages restent encore basés sur les expressions faciales des adolescentes : « Si nous arrivons à la conclusion qu’elle était non-consentante ou forcée à se marier de quelque manière que ce soit, nous rejettons simplement l’affaire ».

Une augmentation des abandons scolaires, l’année dernière, est une des raisons citées par les magistrats dans le rapport établi par la LDDF pour justifier ces autorisations données aux mariages de mineures. La pauvreté est un autre facteur important de la hausse de ces demandes de mariages, notant qu’elles proviennent rarement des familles aisées.

Le rapport de la LDDF conclue que certains facteurs sociaux peuvent se tenir en arrière-plan de l’augmentation des approbations données aux mariages de mineures : l’analphabétisme des parents, le manque de connaissance des Droits de l’enfant, ainsi qu’un discours religieux strict (comme la récente fatwa autorisant le mariage des fillettes de 9 ans).

« Il est vrai que le mariage des mineures peut mener à des problèmes s’il est motivé par l’avidité financière, ou si le mariage s’effectue sous la pression » dit l’enseignante Halima Baghdadi.

« Néanmoins, il y a des cas heureux », continue-t-elle. « Ma fille a été mariée alors qu’elle n’avait que 16 ans, et je me suis moi-même mariée au même âge, même si je n’avais jamais rencontré mon mari auparavant. Ma fille a pu connaître son époux avant la cérémonie, et les deux familles ont béni cette union, qui a été réalisée avec l’acceptation des deux parties ».

D’autres ne sont pas aussi chanceux.

Mlika S. a été mariée à 15 ans et a dû arrêter d’aller à l’école. Lorsqu’elle a divorcé, à l’âge de 22 ans, elle a dû quitter sa communauté rurale et sa famille pour entrer comme domestique à Casablanca.

« Heureusement, je n’avais pas eu d’enfants », dit-elle.

Les organisations cherchent maintenant à faire davantage que simplement parler des conséquences sociales de ces unions prématurées. Les groupements de soutien des Droits des Femmes ont demandé au Ministère de la Justice d’imposer des peines strictes contre tout tuteur légal qui facilite le mariage des mineures ou contre tout homme épousant une mineure sans autorisation du Tribunal. Le mouvement des femmes a également appelé à mettre en oeuvre le Traité international sur les Droits de l’Enfant, à mener des campagnes éducatives et médiatiques afin d’éveiller les concience ainsi que des enquêtes au cas-par-cas permettant de s’assurer que ces unions n’ont été obtenues sous la contrainte.

Dans le cadre d’une inititative majeure, la LDDF appelle à la suppression de la disposition du Code Pénal qui absout le violeur d’une mineure s’il accepte de l’épouser.

Mais les campagnes de sensibilisation sur le problème du mariage des mineures devraient mieux fonctionner dans les zones urbaines que dans les régions isolées, agricoles du Royaume.

Les données établies par l’Association Démocratique des Femmes marocaine (MWDA) indiquent qu’une majorité de demandes proviennent des zones rurales, où l’idée prédominante est que si une fille n’est pas mariée jeune, elle ne trouvera pas ultérieurement d’époux.

« Nous vivons de nos jours dans une grande contradiction », fait remarquer Farid, un employé. « Le pourcentage du célibat est en hausse, et certaines jeunes femmes ne se marient pas avant l’âge de 30 ou 35 ans ».

Bouchra est d’accord avec ce que dit Farid, mais elle souligne la nécessité d’appliquer et de respecter la loi.

« Si les intentions d’un homme désirant épouser une mineure sont bonnes, il saura attendre qu’elle atteigne l’âge légal ».

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