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C’est pourquoi je suis fière d’être féministe / Par Latifa El Bouhssini

Fatima-Zahra Tamouh…ou l’énergie faite femme

Fatima-zahra est l’une des figures de proue du féminisme marocain. Fondatrice de l’UAF, elle fut également membre très active du mensuel 8 mars. L’engagement de cette historienne est très ancien. Elle a de tout temps été dans la mouvance de la gauche notamment dans le courant 23 mars. Très proche de l’OADP par la suite, elle compte énormément d’amis parmi les responsables et fondateurs de cette organisation. Elle les a côtoyés de près aussi bien au Maroc qu’à Paris à l’époque où elle préparait sa thèse, moment qui coïncidait avec l’exil de beaucoup de militantEs de l’extrême gauche marocaine.

Ils/elles ont fui le régime d’Hassan II lorsque la répression et les arrestations s’abattaient fortement sur tous ceux et toutes celles dont on soupçonnait l’implication. La majorité de ceux qui assumeront par la suite des responsabilités au sein de l’OADP lors de sa création au début des années 80, constituait les membres d’une famille politique dont elle se sentait très proche y compris par cet intérêt très particulier pour le panarabisme notamment pour la cause palestinienne. D’ailleurs, même lorsque le vent a tourné autrement, Fatima-zahra ne s’est jamais départie de ses convictions qu’elle inscrit dans une logique de combat démocratique.

Ses longs séjours permanents aux Etats unis d’Amérique en tant que professeure (visiteur) à l’université lui ont démontré davantage la force de frappe des sionistes et l’ont réconforté dans ses convictions.

Dans l’équipe de la rédaction du 8 mars, Fatima-zahra a toujours su apporter ce qui n’était pas encore suffisamment développé, à savoir l’ouverture sur l’international. Son ancrage africain de par sa spécialité académique l’a amenée à apprécier l’enrichissement que les rencontres avec l’autre produisent. Pour rappel, c’est Fatima-zahra qui a représenté la rédaction du 8 mars dans les travaux de la 3ème conférence mondiale sur les femmes organisée par les Nations unies à Nairobi en 1985. Après son retour de cette conférence, elle a publié la couverture des travaux, elle a également raconté les moments qu’elle a vécus pendant la durée de la conférence. Elle a eu l’occasion de voir Nawal Saadaoui ainsi que la grande militante communiste soudanaise Fatéma Ibrahim. Elle a été agréablement surprise de sa rencontre avec une militante saoudienne. Une rencontre qui a participé à secouer un tant soit peu les préjugés négatifs qu’on avait à l’époque. Et pour cause, dans l’article/couverture Fatima-zahra raconte que la féministe saoudienne lui a renvoyé le préjugé qu’elles ont, elles aussi, des marocaines chez elles. Nous imaginons bien ce que c’était à un moment où les émirs/hommes du Golf se rendaient au Maroc exploitant la misère dans laquelle la population se trouvait et le prix que certaines femmes devaient payer. Pour la jeune que j’étais à l’époque, ce n’était pas sans laisser des traces. C’est aussi une manière d’attirer l’attention que le combat contre le patriarcat n’est l’apanage d’aucun peuple, ni d’aucune société.

Déterminée et très indépendante, ce sont les quelques traits qui expliquent l’engagement d’une femme de forte personnalité. Très politisée, elle est à l’image de beaucoup de féministes de sa génération. C’est ce qui permettait à cette génération de mieux identifier les moments propices pour avancer dans le combat pour défendre sa cause. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard d’avoir posé la réforme du code du statut personnel au moment où la réforme de la constitution était posée, à savoir en 1992. Fatima-zahra n’était pas étrangère à ce débat et à ces analyses. Au sein de l’UAF, la discussion pour prendre une décision importante était de haute volée. Ce fut le cas pour décider de lancer la campagne (pétition) pour la collecte d’un million de signatures pour la réforme du code du statut personnel. Le calibre de celles qui murissaient la décision rendait compte de la qualité du débat. Elles avaient une connaissance très fine de la situation politique et des acteurs politiques. Elles disposaient également d’une détermination et d’une forte conviction de ce qu’elles défendaient. Fatima-zahra avançait des propositions mais elle avait surtout le flair de capter les propositions intéressantes. Pour ce faire, dès qu’elle prenait conscience de la pertinence d’une idée, elle développait d’une manière très rapide les arguments pour la défendre. Elle ouvrait grands les yeux et souriait, ce qui traduisait sa joie d’entendre quelqu’un formuler une idée qu’elle trouvait géniale. Elle verbalisait cette joie comme pour exprimer la chance d’être ensemble avec les copines féministes pour mettre en commun une intelligence collective. Les dix premières années (de la fin 83 à la moitié des années 90) étaient des années de bouillonnement et pour cause, il fallait élaborer l’idée de cette belle aventure à peine commencée et lui donner corps : l’idée du féminisme marocain.

Fatima-zahra tenait une place de choix dans ce qu’il adviendra de ce mouvement. Elle a contribué à mettre les jalons et a participé à fortifier le socle. Elle a été parmi les premières à avoir attiré l’attention sur la nécessité de joindre le combat pour les intérêts stratégiques à celui relatif à la satisfaction des besoins quotidiens des femmes. Sa connaissance des expériences asiatiques (L’Inde) lui ont permis de développer l’idée des projets générateurs de revenus que l’UAF avait initiée. Elle a, elle même parrainé le projet des tisseuses de tapis dans sa région natale (Sbaiya dans la province de Chichaoua) pour joindre la sauvegarde du savoir faire féminin à la rentabilité économique. Professeure d’histoire à la faculté des lettres à Rabat, elle apprenait également la langue anglaise au british council. Très organisée et dotée d’une grande efficacité et de beaucoup de persévérance, elle tenait les différents fronts sans se perdre dans tout ce qui peut gêner sa marche, voire sa destinée. Pendant ces moments, Fatima-zahra faisait partie d’une élite féminine universitaire encore rare, d’où l’importance et la qualité de sa présence. C’est une femme qui a marqué l’histoire du 8mars, de l’UAF et au-delà, du mouvement féministe en général. Elle a constitué un repère pour beaucoup parmi les jeunes. Elle a, à sa manière, contribué à la formation de la pépinière qui allait fleurir par la suite. Avec d’autres, elles ont fait de l’UAF à une époque, une école où l’apprentissage du féminisme était rendu possible.

Fatima-zahra est une femme entière, elle ne s’accommode pas avec le politiquement correct et elle a du mal à mâcher ses mots. Franche, lorsqu’il faut y aller, elle n’hésite pas. Elle dit ce qu’elle pense quand il s’agit de divergences sur les idées. En revanche, pour éviter de faire mal, elle claque les portes lorsqu’elle se trouve devant un comportement qu’elle juge contraire aux valeurs qu’elle porte. Décidée, si elle considère qu’il n’y a plus rien à attendre, elle ferme et n’ouvre aucune possibilité de retour sur ses décisions. Militante dans l’âme, son engagement était sincère et sans aucune forme de calcul. Elle s’est tenue loin des tentatives de positionnement personnel qui sont dans une certaine mesure, normales voire inévitables. Femme d’influence, elle n’a jamais développé un appétit pour un autre pouvoir que celui-ci. C’est la raison pour laquelle, elle a mis fin à sa présence dans la structure organisationnelle dans laquelle elle a milité pendant des années. Elle a rejoint par la suite les rangs de l’OMDH où elle a été membre actif de son conseil national. Restée incontournable, elle a été dans les différents moments du combat pour la réforme du code du statut personnel. Les pionnières du mouvement féministe lui vouent un respect profond. Imposante, Fatima-zahra n’est pas de celles qu’on oublie facilement.

Agréable, joviale, souriante et très énergétique, Fatima-zahra passe à l’essentiel et ne perd pas de temps dans les détails « inutiles ». Attentionnée et reconnaissante, elle a toujours trouvé les mots justes pour valoriser l’apport aussi bien des jeunes que des moins jeunes. Elle a toujours dit haut et fort ce qu’elle trouve de bien dans chacune de celles qui l’entouraient. Elle dégage une énergie positive qu’elle réussit à propager autour d’elle, une énergie, à la limite contagieuse. Même lorsque la colère et le mécontentement sont de la partie, elle ne se laisse pas entrainer vers l’amertume. Chez elle, il n y’a pas de place à la haine. Sa capacité de travail, ses multiples projets et sa capacité d’entreprendre lui permettent d’aller de l’avant, de s’orienter vers l’essentiel. Toujours dans la construction et jamais dans la destruction. Aimant les gens, ceux-là (celles-là) le lui rendent. Je peux parier qu’elle est respectée de tout le monde.

Merci Fatima-Zahra pour ce que tu es…une fierté pour les femmes marocaines

Par Latifa El Bouhssini

 

 

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