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C’est pourquoi je suis fière d’être féministe / Par Latifa El Bouhssini

  Amina Lemrini Elouahhabi……une grande dame

J’ai vu Amina la première fois à Fès en mars 1986. Elle était l’invitée de la section du PPS, son parti, pour donner une conférence à l’occasion de la journée internationale de la femme. Évidemment, la conférence portait sur la question de l’émancipation de la femme. On ne parlait pas encore en termes de droits même si c’est de cela qu’il s’agissait. Jeune étudiante et active dans les groupements du Journal 8 Mars, nous avons voulu avec mes copines de l’OADP assister à une activité qui avait de l’importance pour nous. C’était d’autant plus important parce qu’il s’agissait d’écouter la présidente de la première association ayant vu le jour au Maroc : l’ADFM.

J’ai retrouvé Amina quelques années plus tard à Rabat. L’UAF, dont j’ai été parmi les fondatrices, avait vu le jour en 1987 et les premières initiatives de coordination entre les différentes composantes essayaient à peine de se mettre en place. Les temps étaient encore difficiles. Les années de plomb n’étaient pas encore loin et les pouvoirs publics ne voyaient pas d’un bon œil ces organisations de femmes dont les principales responsables et la majorité des membres étaient sans aucune exception des militantes de la gauche, toutes tendances confondues. Militantes aguerries, ayant forgé leurs armes – politiques – au sein de l’UNEM. C’était une vraie école.

Lors de la première manifestation organisée conjointement avec les différentes composantes, pour rendre hommage au combat des femmes palestiniennes en mars 1988, nous avons réparti les tâches. On ne comptait que sur nous-mêmes, ou du moins nous tenions à assumer et assurer tout ce qui importe pour réussir une manifestation publique d’une grande ampleur. Alors qu’avec Latifa Jbabdi, on distribuait les invitations, en parcourant les rues de Rabat sur sa moto, nous avons croisé Amina qui s’occupait, entre autres des banderoles en plein boulevard Mohamed V.
Ce n’était que le début de ce qui allait nous permettre, avec toutes les autres copines du mouvement féministe, de nous voir et de vivre ensemble des moments intenses…des moments qui vont s’étaler sur une durée de presque vingt ans. Une vie, en somme. Des années où j’ai eu personnellement le plaisir de connaître de près celle qui présidait une des associations qui fait, avec d’autres, la fierté d’un mouvement/notre mouvement.

Amina est une femme qui force le respect, elle est discrète, déterminée et dotée d’une forte personnalité. Elle est distante, réservée et pudique. Comme tout être humain, elle doit certainement avoir des défauts, mais elle a surtout les qualités nécessaires pour être une véritable meneuse voire une leader….Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’elle s’est imposée et unanimement les féministes trouvaient en elle la personne idoine pour porter la parole féministe au moment où le débat public sur la réforme du code du statut personnel avait atteint son apogée. 

Très politisée, elle est toujours à l’affût des éléments lui permettant de mener une analyse politique très fine. D’une connaissance très avertie des acteurs et des rapports de force, elle mesure ses pas et pèse ses mots. Elle garde le cap et ne faiblit jamais. Très méthodique, claire dans les idées et pas très bavarde. Elle dit ce qu’il faut dire, ni plus ni moins. Elle n’a pas attrapé cette manie que d’aucuns agitent comme étant la marque de fabrique des années de l’UNEM, les « joutes oratoires »…où, sans réduire leur importance, ils ont servi davantage des « égos », dépassant parfois les limites pour frôler le superflu…..C’est peut être cela qui explique que Amina n’a jamais voulu céder à cet exercice qui mène vers la mise en valeur de l’individu au détriment du groupe….

Je l’ai entendue et vue à plusieurs reprises se refusant au jeu de la visibilité et repoussant les caméras. Au fond, elle n’en a pas besoin…brillante, les lumières de son intelligence scintillent et éclairent autour d’elle. Elle a toujours répété, que les acquis, même les plus minimes sont le fait d’un groupe et non d’une personne même celle dotée des qualités les plus exceptionnelles…comment ne pas l’apprécier, comment ne pas la respecter et comment ne pas l’aimer? 

Elle est sincère, loyale et fidèle, persévérante et d’une volonté de fer. Je me rappelle d’elle usant de sa clairvoyance pour remonter le moral des « troupes » notamment lorsqu’on constatait que la résistance était telle et qu’on ne voyait pas le bout du tunnel. Déterminée et visionnaire, elle épaulait celles qui se décourageaient à cause des frictions internes au mouvement. Elle estimait que c’est le propre de tout mouvement et groupement humain et qu’il ne faut pas perdre de vue l’essentiel. 

Autrement, elle s’inscrit dans une démarche où le structurel a plus d’importance et permet de ne pas céder aux aléas du conjoncturel. 
Elle est très simple. Bien que ce soit humain, Amina n’est pas dans le jeu de la séduction. Trop sérieuse pour céder à ses tentations à tel point qu’elle m’a toujours donné l’impression d’être plutôt une religieuse à peine sortie du couvent…une « sœur rouge ». Clin d’œil à son passé communiste…le passé politique d’une marocaine issue de Nador…une rifaine qui a dû garder dans sa mémoire l’épopée de celui qui fait la fierté de tous les marocains : Abdelkrim El Kattabi.

Dans le mouvement féministe, tout le monde n’était pas logé à la même enseigne……il y avait celles qui ont marqué…celles qui ne sont pas passées inaperçues, celles qui ont laissé des traces indélébiles…de toute évidence Amina en fait partie. Je me rappelle d’une de ses réponses à une question sur le référentiel, posée par un journaliste à l’occasion d’une conférence de presse en mars 2001. Le journaliste voulait l’acculer à s’exprimer sur le référentiel religieux par rapport au référentiel universel. 

Lucide et très nuancée comme elle est, et voulant éviter le piège que le journaliste lui a tendu, elle a répondu en toute simplicité: « notre référentiel est l’égalité…qu’importe le chemin à emprunter…l’essentiel est d’y arriver »…Cette réponse résume la maitrise qu’elle a du sujet et de la complexité qui caractérise l’histoire des rapports hommes femmes. 
Amina est une fierté pour nous, militantes du mouvement féministe…grâce à elle, et évidemment à d’autres de sa trempe et de son calibre, j’ai personnellement développé le sentiment de l’identité et de l’appartenance au groupe…le groupe qui me manque et me laisse, avec les temps qui courent dans le sentiment de la nostalgie…celle du NOUS…

A toi Amina, je dis merci d’exister

Par Latifa El Bouhssini

 

 

 

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